10-03-08
PUBLIC... VOUS AVEZ DIT PUBLIQUE ?
A l’heure où, même les trottoirs sont devenus privés, que reste-t-il de l’espace dit « Public » ? Et du même coup, de cet espace d’échange et de libertés qu’il est sensé être ?
Et comment définir aujourd’hui la notion de public ?
1- Tout le monde indistinctement
2- Ensemble de personnes qui sont réunies dans un espace, qui voient un spectacle
3- Qui concerne la collectivité dans son ensemble ou ce qui en émane
4- Notoire, connu de tous
L'espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l'ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui sont à l'usage de tous, soit qu'ils n'appartiennent à personne (en droit par ex.), soit qu'ils relèvent du domaine public ou, exceptionnellement, du domaine privé. La définition générale ci-dessus implique un état de droit qui garantisse droits et libertés des citoyens dans le domaine public, dont la liberté de circulation
Simultanément, il forme la structure spatiale des voiries qui relie les parcelles privées groupées en îlots , favorise leur relation et leurs commerces (marchés ouverts, quais, réseaux de circulation, ...), leur subsistance (égouttage, adduction d'eau, ...), leur densification (la dimension des îlots, ...), ou codifie leurs statut (hiérarchisation géo-sociale, monumentale, fonctionnelle, ...) à travers un vocabulaire formel basé, sommairement, sur la rue et la place.
Simultanément à ces fonctionnalités, il favorise l'expression de la vie et des libertés publiques, et par nature constitue le champ des conflits sociaux (places publiques).Comme structure, il détermine le développement naturel des villes (l'extension du damier urbain par exemple) et s'adapte au site (réseau des rues et réseau des eaux usées) et aux flux de déplacement (ports, quais, gares, autoroutes, boulevards...).
Dans les cas extrêmes des grandes villes, cette adaptation réduit l'espace public à un espace monofonctionnel et technique.
Il est champ de libertés beaucoup plus larges que la liberté de circuler : liberté de manifestation, de parole, d'expression (musicale par exemple), de commercer... Ce champ se définit constitutionnellement, est restreint par les corps des lois, règlements et pratiques (policières par ex.) et forme le théâtre de l'opposition au pouvoir, de la plupart des conflits politiques et sociaux (sit-in, occupations de carrefours, dérives de fêtes collectives, volontés de s'identifier (repli identitaire p)ar ex.), de s'approprier (contrôle maffieux par ex.)les espaces publics d'une ville ou d'une zone.
Le terme s'oppose par définition
- aux espaces privés où une clôture doit être franchie (porte, grille, accès, ...) et où l'anonymat doit être levé sauf exception, tels le domicile, le siège social, l'entreprise,
- et aux espaces où une clôture doit être franchie (porte, grille, accès, ...) et qui accueillent le public anonyme sous condition (prix d'entrée, règlement d'ordre intérieur, ... dénommés en Belgique lieux publics) tels que cafés et restaurants, théâtres, parc d'attraction, centre commercial, centre culturel, etc. Les comportements sécuritaires et l'évolution récente des lois peuvent abolir cet anonymat
Le fait de privatiser les espaces, de les fermer au sens propre comme au figuré, est pour beaucoup dans l’évolution de notre société vers un individualisme exacerbé. Isoler les gens, s’enfermer chez soi, se retrouver « en famille ».
Interdire les rassemblements de personnes dans l’entrée des immeubles, les attroupements dans la rue, etc… est une façon de couper chaque jour un peu plus les gens les uns des autres. Et par là même, de perdre un peu plus les occasions du dialogue et donc de la transmission.
En effet, cet enfermement de chacun, chacune chez soi mène à la constitution de groupes cloisonnés, entérine le phénomène de séparation des personnes par générations, genres ou origine géographique et historique. Chaque groupe, chaque communauté, mais aussi chaque âge a son espace… et ne le partage pas !
Après un long séjour en R D Congo, où j’ai eu l’occasion d’observer un tout autre mode de vie, de communication et d’échange, je souhaite partir ici à la recherche des traces de ce qui a existé mais que nous avons perdu : le partage. Partage des biens, des savoirs, des espaces… et le restaurer !
En Afrique il y a eu , il y a encore même s’il sont plus rares, des griots, des conteurs, passeurs, porteurs d’Histoire, de mémoire. Des médiateurs du partage. Il pratique l’art de la transmission dans la cadre d’espaces publics : places de villages, cours de maisons, cours d’écoles, rues en tous genres.
En France, l’oralité n’a pas fait long feu et c’est l’écrit qui a pris son rôle : affiches, annonces, banderoles, graffitis, puis panneaux lumineux occupent autrement l’espace public : dans sa surface !
La notion de « publicité » (au sens de la large diffusion des informations et des sujets de débats via les médias) est un élément phare de la théorie d'Habermas : celle-ci doit être comprise comme dimension constitutive de l'espace public et comme principe de contrôle du pouvoir politique.
Pour Habermas, après son essor au XVIIIe siècle, l'espace public « gouverné par la raison » sera en déclin, puisque la publicité critique laissera peu à peu la place à une publicité « de démonstration et de manipulation », au service d'intérêts privés. C'est d'ailleurs aujourd'hui tout l'enjeu de la démocratie délibérative ou participative, qui doit composer avec la nécessité d'un débat uniquement commandé par l'usage public de la raison, et non des intérêts particuliers.
Mon désir est de rendre au public ce qui est à lui. Restituer le droit et générer l’envie de l’occupation naturelle et légitime par tous et toutes sans restriction de couleur, de sexe ou d’âge, de l’espace.
« le processus au cours duquel le public constitué d'individus faisant usage de leur raison s'approprie la sphère publique contrôlée par l'autorité et la transforme en une sphère où la critique s'exerce contre le pouvoir de l'État. »
ESPACE PARTAGÉ / RENDEZ-VOUS DU DONNER ET DU RECEVOIR /
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