16-05-10
MONTRER L'ART CONTEMPORAIN DANS LES RUES DE KINSHASA : l'aventure des "scénographies urbaines"
Éclatées, informelles, provocantes, intrigantes… depuis leur création en 2002, les Scénographies Urbaines comptent parmi les résidences d'art contemporain les plus novatrices en Afrique. Leur principe est aussi simple que révolutionnaire : créer et montrer des pratiques artistiques contemporaines dans les rues des grandes villes, puisqu'il n'existe pas ou peu de lieux d'exposition sur le continent.
L'aventure des Scénographies Urbaines naît de la rencontre, en 1998, à Douala de deux artistes français, Jean-Christophe Lanquetin et François Duconseille, avec le Cercle Kapsiki, collectif de cinq artistes camerounais (Blaise Bang, Salifou Lindou, Hervé Yamguen, Hervé Youmbi et Jules Wokam). Ils éprouvent alors le désir de travailler ensemble, in situ, dans la ville de Douala, là où vivent et travaillent les membres du collectif. Une troisième édition dans le quartier kinois de Lingwala
Peu après, François Duconseille et Jean-Christophe Lanquetin
se structurent eux aussi en collectif : ScUr&°K, devenu depuis mars
2007 (Scu)² (Scénographies Urbaines)². Après quatre années de travail
en commun, la première résidence des Scénographies Urbaines se déroule
à Douala, dans le quartier de NewBell, en décembre 2002. Elle rassemble
26 artistes d'Afrique, du monde arabe et d'Europe.
Le principe de ces résidences est simple : inviter des artistes
d'horizons très différents et leur demander de vivre et de travailler
dans le quartier du collectif hôte, en lien avec le lieu et les
habitants. La résidence dure entre trois et cinq semaines. À l'issue du
séjour, les artistes sont invités à faire une proposition artistique in situ, inscrite dans l'espace urbain et présentée à tous lors d'un festival.
En
septembre 2004, une seconde résidence se tient à Alexandrie,
rassemblant 17 artistes, dans le quartier de pêcheurs d'El Max, en
partenariat avec le collectif égyptien Gudran (voir www.gudran.com).
La
troisième résidence se déroule à Kinshasa en décembre 2006, en
compagnonnage avec le collectif congolais Eza Possibles, composé de
Kennedy Dinanga, Eddy Ekete, Mega Mingiedi, Freddy Mutombo, Kura Shomali et Pathy Tshindele (1).
Au
total donc, trois éditions qui ont impliqué 81 artistes - sans compter
toutes les âmes créatrices et autres assistants ayant gravité autour
des projets présentés - originaires de quatorze pays : Cameroun,
République démocratique du Congo, Egypte, France, mais aussi
Mozambique, Congo Brazzaville, Afrique du Sud, Autriche, Espagne,
Bénin, Maroc, Suisse, Kenya et Sénégal.
Cette
troisième résidence est initialement programmée pour le mois de
septembre 2006, mais le processus électoral en République démocratique
du Congo (RDC) perturbe ce planning. À la demande de l'Ambassade de
France à Kinshasa, elle est reportée au mois de décembre 2006. Entre
septembre et décembre, dans un contexte de fin du processus électoral
particulièrement tendu et inquiet (second tour des élections
présidentielles), Eza Possibles organise et structure la résidence dans
le quartier. Travail de communication auprès des habitants, repérages
et aménagement de maisons où résideront les artistes, recherche de
sponsors locaux, obtentions de soutiens officiels, notamment le
patronage du Ministère de la Culture. Le collectif (ScU)², de son coté,
s'occupe des recherches de financements et des billets d'avion...
La
sélection des artistes invités se fait conjointement par les deux
collectifs partenaires. La philosophie des Scénographies donne à cette
sélection des couleurs arc-en-ciel, dont la richesse, le métissage et
la diversité sont pour beaucoup dans l'intérêt des propositions
présentées.
La
particularité de cette troisième édition est la présence de l'Académie
des Beaux-Arts au coeur même de la zone d'action des "Scénographies
Urbaines" mais aussi au cœur des propositions artistiques. En effet,
non seulement les membres du collectif "Eza Possibles" sont tous issus
de cette école, mais l'institut est partenaire de la manifestation.
Durant la résidence, trois des artistes invités (professeurs de l'École
supérieur des Arts décoratifs de Strasbourg, également partenaire de la
manifestation) animent des workshops avec des étudiants.
Enfin,
les Scénographies urbaines établissent leur bureau administratif dans
l'enceinte de l'École et chaque artiste étranger est accompagné par un
étudiant assistant. Loin de rester observateurs, ces artistes en herbes
saisissent la moindre occasion de présenter l'étendue de leurs talents
et leur inventivité. Performances, propositions plastiques ou scéniques
foisonnent dans les jardins de l'École mais également dans les rues,
les bars et même les marchés de Lingwala.
La
confrontation entre les pratiques artistiques congolaises et d'autres
venues notamment d'Afrique du Sud ou du Cameroun provoquent un choc
culturel pour tous et toutes. L'intérêt est qu'il se produit sous les
yeux novices et ébahis des habitants du quartier, avides de connaître
et de comprendre. C'est pourquoi les soirées de projection des travaux
des artistes invités, dans des lieux publics, restent parmi les
événements les plus marquants des résidences. Six soirées de
présentation ont été organisées. Sur un écran de tissu, au bord de
l'avenue du 24 Novembre, à la terrasse du bar de Bijou, parmi les
habitués étonnés et les passants curieux, les artistes présentent leur
travail : des photos d'autres espaces : la violence de Johannesburg, le
scandale du travail des enfants dans les mines du Katanga, l'histoire
coloniale du Zaïre vue, à travers l'architecture, par un jeune artiste
de Lubumbashi. Toutes ces images soulèvent une foule de questions parmi
le public...
Mélinée Kambilo
1. Plus d'information sur ce collectif, voir le site des Scénographies urbaines : www.eternalnetwork.org
http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=6729
10-03-08
PUBLIC... VOUS AVEZ DIT PUBLIQUE ?
A l’heure où, même les trottoirs sont devenus privés, que reste-t-il de l’espace dit « Public » ? Et du même coup, de cet espace d’échange et de libertés qu’il est sensé être ?
Et comment définir aujourd’hui la notion de public ?
1- Tout le monde indistinctement
2- Ensemble de personnes qui sont réunies dans un espace, qui voient un spectacle
3- Qui concerne la collectivité dans son ensemble ou ce qui en émane
4- Notoire, connu de tous
L'espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l'ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui sont à l'usage de tous, soit qu'ils n'appartiennent à personne (en droit par ex.), soit qu'ils relèvent du domaine public ou, exceptionnellement, du domaine privé. La définition générale ci-dessus implique un état de droit qui garantisse droits et libertés des citoyens dans le domaine public, dont la liberté de circulation
Simultanément, il forme la structure spatiale des voiries qui relie les parcelles privées groupées en îlots , favorise leur relation et leurs commerces (marchés ouverts, quais, réseaux de circulation, ...), leur subsistance (égouttage, adduction d'eau, ...), leur densification (la dimension des îlots, ...), ou codifie leurs statut (hiérarchisation géo-sociale, monumentale, fonctionnelle, ...) à travers un vocabulaire formel basé, sommairement, sur la rue et la place.
Simultanément à ces fonctionnalités, il favorise l'expression de la vie et des libertés publiques, et par nature constitue le champ des conflits sociaux (places publiques).Comme structure, il détermine le développement naturel des villes (l'extension du damier urbain par exemple) et s'adapte au site (réseau des rues et réseau des eaux usées) et aux flux de déplacement (ports, quais, gares, autoroutes, boulevards...).
Dans les cas extrêmes des grandes villes, cette adaptation réduit l'espace public à un espace monofonctionnel et technique.
Il est champ de libertés beaucoup plus larges que la liberté de circuler : liberté de manifestation, de parole, d'expression (musicale par exemple), de commercer... Ce champ se définit constitutionnellement, est restreint par les corps des lois, règlements et pratiques (policières par ex.) et forme le théâtre de l'opposition au pouvoir, de la plupart des conflits politiques et sociaux (sit-in, occupations de carrefours, dérives de fêtes collectives, volontés de s'identifier (repli identitaire p)ar ex.), de s'approprier (contrôle maffieux par ex.)les espaces publics d'une ville ou d'une zone.
Le terme s'oppose par définition
- aux espaces privés où une clôture doit être franchie (porte, grille, accès, ...) et où l'anonymat doit être levé sauf exception, tels le domicile, le siège social, l'entreprise,
- et aux espaces où une clôture doit être franchie (porte, grille, accès, ...) et qui accueillent le public anonyme sous condition (prix d'entrée, règlement d'ordre intérieur, ... dénommés en Belgique lieux publics) tels que cafés et restaurants, théâtres, parc d'attraction, centre commercial, centre culturel, etc. Les comportements sécuritaires et l'évolution récente des lois peuvent abolir cet anonymat
Le fait de privatiser les espaces, de les fermer au sens propre comme au figuré, est pour beaucoup dans l’évolution de notre société vers un individualisme exacerbé. Isoler les gens, s’enfermer chez soi, se retrouver « en famille ».
Interdire les rassemblements de personnes dans l’entrée des immeubles, les attroupements dans la rue, etc… est une façon de couper chaque jour un peu plus les gens les uns des autres. Et par là même, de perdre un peu plus les occasions du dialogue et donc de la transmission.
En effet, cet enfermement de chacun, chacune chez soi mène à la constitution de groupes cloisonnés, entérine le phénomène de séparation des personnes par générations, genres ou origine géographique et historique. Chaque groupe, chaque communauté, mais aussi chaque âge a son espace… et ne le partage pas !
Après un long séjour en R D Congo, où j’ai eu l’occasion d’observer un tout autre mode de vie, de communication et d’échange, je souhaite partir ici à la recherche des traces de ce qui a existé mais que nous avons perdu : le partage. Partage des biens, des savoirs, des espaces… et le restaurer !
En Afrique il y a eu , il y a encore même s’il sont plus rares, des griots, des conteurs, passeurs, porteurs d’Histoire, de mémoire. Des médiateurs du partage. Il pratique l’art de la transmission dans la cadre d’espaces publics : places de villages, cours de maisons, cours d’écoles, rues en tous genres.
En France, l’oralité n’a pas fait long feu et c’est l’écrit qui a pris son rôle : affiches, annonces, banderoles, graffitis, puis panneaux lumineux occupent autrement l’espace public : dans sa surface !
La notion de « publicité » (au sens de la large diffusion des informations et des sujets de débats via les médias) est un élément phare de la théorie d'Habermas : celle-ci doit être comprise comme dimension constitutive de l'espace public et comme principe de contrôle du pouvoir politique.
Pour Habermas, après son essor au XVIIIe siècle, l'espace public « gouverné par la raison » sera en déclin, puisque la publicité critique laissera peu à peu la place à une publicité « de démonstration et de manipulation », au service d'intérêts privés. C'est d'ailleurs aujourd'hui tout l'enjeu de la démocratie délibérative ou participative, qui doit composer avec la nécessité d'un débat uniquement commandé par l'usage public de la raison, et non des intérêts particuliers.
Mon désir est de rendre au public ce qui est à lui. Restituer le droit et générer l’envie de l’occupation naturelle et légitime par tous et toutes sans restriction de couleur, de sexe ou d’âge, de l’espace.
« le processus au cours duquel le public constitué d'individus faisant usage de leur raison s'approprie la sphère publique contrôlée par l'autorité et la transforme en une sphère où la critique s'exerce contre le pouvoir de l'État. »
ESPACE PARTAGÉ / RENDEZ-VOUS DU DONNER ET DU RECEVOIR /
07-03-08
SIGLES ET AUTRES PENSÉES
E.U.N.I : Espace urbain non identifié
Z.A.A.T : Zone artistique autonome temporaire
Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME
"Nos villes, conçues comme des Montres, qui fonctionnent exactement comme des Monstres, subitement se sont mises à produire une vie, un savoir, une philosophie, d'autres besoins que le besoin initial de consommer comme l'Occident. Une reconversion délirante, délicieuse..."
SONY LABOU TANSI
"Une culture qui ne serait pas une insurrection permanente de l'individu ne serait qu'une industrie de plus."
JEAN-MARIE DOMENACH
Le GESTE ARTISTIQUE inscrit dans l'espace public ne peut être désolidarisé de son contexte, devenu indissociable de son cadre.
06-03-08
L’AILLEURS…LA CULTURE DE L’AUTRE ?
« Ici, renvoie à la manière dont les choses apparaissent en ce lieu (ou là-bas) tout en pointant un ailleurs (ou ici). Et bien sûr, dans l'entre deux, quelque chose nous relie, se construit en nous. » C'est ce lien que j'avais envie de découvrir en allant travailler à Kinshasa. Entre espace urbain européen et espace urbain africain : ce qui se ressemble et ce qui diffère, et quel impact humain notre environnement a sur nous !
Dans chaque être culturel, il y a un noyau dur. Mais le reste, ce qui entoure ce noyau est fondamentalement modulable. C’est cette matière molle (sous la coquille qu’il faut briser et sur le noyau qu’on garde) qui s’est imprégnée, modifiée chez moi petit à petit.
L’approche interculturelle m’a conduite en y prenant vraiment part, à une interrogation existentielle dont la profondeur est immense puisque l’implication dans les fondements philosophiques et spirituels de la culture rencontrée a été totale. Huit mois : un départ, six mois de résidence, une parenthèse aller-retour en France de deux mois, un deuxième séjour de deux mois à Kinshasa et à nouveau un retour. Devenir autre dans sa personne et sa production artistique, « par l’autre et par le monde ». Transformation par la confrontation unissant des rapports de réciprocité. Et ça s’est imposé, nous avions construit.
Dans un premier temps, il y eut l’observation. Le fourmillement, la nouveauté, l’absurde. La phase d’immersion-adaptation avait débuté.

Kinshasa regorge de richesses humaines et artistiques : vu d’hélicoptère le réseau qui en est né est un sac de nœuds. Mais à pied, en taxi-bus, sous le soleil ou dans les salles de spectacle, c’est une toile savamment tissée. Les plasticiens s’essayent à la performance, les comédiens interventionnistes pratiquent la musique et les musiciens envahissent le monde de la mode. Nos « matières molles » se sont mélangées sur le plan interpersonnel, mais le noyau dur ne fut pas directement touché.
La deuxième phase pouvait commencer, l’immersion-compréhension : remise en jeu de nos cultures accessibles respectives par le contact avec le noyau dur de l’autre, ou, au moins, dans ce que nous croyions en vivre dans la situation interculturelle. Elle a ensuite fait place très vite à l’immersion-intégration, sorte de transfuge : mise à l’épreuve des deux noyaux durs ontologiques et culturels dans la confrontation réelle et assumée. Alors, à l’issue d’un passage par une zone d’incertitude, j’ai effectué une recherche qualitative des effets transformateurs du voyage.
L’insolite, l’inhabituel, l’étrange, était devenu quotidien, partie intégrante de l’environnement, normalité…L’ici d’avant était-il devenu l’ailleurs ? Serait-il étrange, bizarre, surprenant ? Combien de temps faut-il passer dans un lieu pour devenir un habitant-habitué ? Combien de jours, de mois pour devenir un étranger dans son pays d’origine ?

L’adaptation, l’intégration obstrue-t-elle la vision ? Non pas la vue, mais la vision. Celle qui nécessite une prise de recul permanent. Qui facilite l’analyse et la critique.
Retour donc nécessaire au pays natal. Mais pour repartir vite. En effet, force est de constater que même pendant des années d’immersion-intégration je ne deviendrai jamais totalement cet autre de là-bas. La transformation a donc des limites. Sommes-nous faits d’un bloc qui ne peut que s’effriter ou sommes-nous, avant tout, un processus de changement qui ne finit jamais ? J’opte pour la philosophie du processus et d’un être en mouvement, incertain, inachevé. Et donc de même pour les arts qui en découlent. J’aimerais cependant éviter l’idée de bigarrure, de bariolage, de juxtapositions culturelles au profit d’un véritable métissage créateur.
Retourner donc là-bas, vers cet ailleurs, partager un espace où chacun apporte son identité pour la remettre en doute dans un dialogue des cultures, un brassage d’influences.
Partir à nouveau pour être au « Rendez-vous du Donner et du Recevoir », qui possède une dimension de tolérance particulièrement importante dans une époque où l’individualisme se dispute le terrain avec l’uniformisation culturelle et la standardisation des modèles et des pratiques. C’est cela maintenant que je veux explorer. Je suis prête à mettre en place ce processus. Il ne s’agit PAS OU PLUS d’une fusion avec la culture de contact mais d’une invention interculturelle au cœur même d’une identité personnelle. La logique n’est plus d’être (ou de faire comme) ceci OU cela, pas non plus ceci ET cela, mais d’être NI ceci, NI cela : c’est-à-dire une pratique artistique en train de s’inventer. Ce, dans la reconnaissance de la relation d’inconnu qui fait éclater toute tentative de sonder nos représentations, notamment sur ce que l’on appelle par « monde ».
05-03-08
KIZOBAZOBA (PATCHWORK)
" La contribution fantastique que la diaspora noire a donnée au monde c'est le métissage racial, le métissage culturel, le métissage spirituel." Gilberto GIL
Après l'abolition de l'esclavage, des affranchis venus du Brésil, de Cuba, se sont installés sur la côte des esclaves et dans l'arrière pays, renforçant, diversifiant les cultures autochtones par les influences Sud-américaines. Convertis au catholicisme, les "retornados" (Aguda ou Amaro), ont apporté avec eux des pratiques religieuses qui se perpétuent encore aujourd'hui, telles les somptueuses fêtes en l'honneur du seigneur de Bonfim, à l'image de celles de Bahia. L'intensification des échanges donne naissance à une identité supranationale et intercontinentale. Arrivés en Afrique dans les années 50, des instruments d'origines mixtes comme les Congas et les Bongos ont permis le développement d'un impressionant style de Rumba, caractéristique de l'actuelle République Démocratique du Congo. Le Calypso, l'Axé, le Jazz, la Soul, le Reggae et le Hip-Hop, autant de musiques d'origine africaine, sont (re)venues en Afrique. La danse et le théâtre ont également absorbé des éléments cubains et brésiliens. Un succédané de la Bumba-Meu-Boipar exemple, sorte d'opéra populaire brésilien, d'origine européenne et africaine, à été adopté par le Nigeria sous le nom de Boi (boeuf en portugais). Depuis quelques années, la Salsa connaît un développement considérable auprès des musiciens africains. Cela n'est en fait qu'un juste retour des choses: cette musique qui c'est en effet développée et à trouvé ses marques de noblesse à Cuba, s'inspire en réalité de rythmes ancestraux provenus du continent noir. La formation responsable de ce retour fracassant sur sa terre natale n'est autre qu'Africando. De l'autre côté de l'océan, mêlant chants, danse et magie, le Jongo était tombé dans l'oubli. Grâce à certaines communautés, ce patrimoine immatériel (UNESCO) légué par les esclaves africains de la sphère bantoue (envoyés au Brésil par les ports négriers de la côte du Congo ou par la contre-côte mozambiquienne), revient sur le devant de la scène brésilienne.
Axé : apparu à Salvador de Bahia (Brésil), au milieu des années 80. Avec un rythme rapide utilisant percussions et guitare, l'Axé mélange Samba, Reggea, Pop et autres influences.
Mambo : a débuté à Cuba dans les années 40 à partir de musiques rituelles d'Afrique centrale. A donné naissance au Cha-Cha-Cha au début des années 50, également à Cuba.
Rumba : créée dans les provinces de la Havane à Cuba, elle s'est développée à la fin du 19e siècle, à partir de rythmes Bantous d'Afrique de l'Ouest.
Samba : crée à Rio de Janeiro (Brésil), au début des années 1900, à partir de rythmes d'Angola et du Congo.
Tumba Francesa : fruit de la fusion au 18e siècle de musiques du Dahomey (Afrique de l'Ouest) et de danses traditionnelles françaises. A été importée à Cuba par les esclaves haïtiens.
Macumba : désigne globalement les pratiques religieuses d'inspiration africaine, plus particulièrement le chant Yoruba, devenu la langue de la Santeria cubaine et brésilienne.
LA NAISSANCE DU PROJET ?
Devenir autre dans sa personne et sa production artistique, « par l’autre et par le monde ». Kinshasa regorge de richesses humaines et artistiques : les plasticiens s’essayent à la performance, les comédiens interventionnistes pratiquent la musique et les musiciens envahissent le monde de la mode. Mais d’où viennent les codes employés ? Comment la Rumba congolaise a-t-elle vu le jour ? Africains déportés à Cuba, diaspora cubaine installée au Congo ? Aller-retour… Nous ne sommes manifestement pas faits d’un bloc : l’Homme est un être en mouvement, incertain et inachevé. Il en va de même pour les arts qu’il produit. J’ai pu effleurer des pratiques artistiques entrain de s’inventer en évitant l’idée de bigarrure, de bariolage, de juxtapositions culturelles au profit d’un véritable métissage créateur. Et je souhaite aujourd’hui explorer la relation à l’Inconnu qui fait jaillir toutes les tentatives de sonder nos représentations, notamment sur ce que l’on appelle par « Monde ».
LES OBJECTIFS DU PROJET ?
Le projet « Les Rendez-vous du Partage » est une réflexion sur la question d’héritages artistiques et culturels nés du brassage des populations entre Afrique et Amérique du Sud.
Pendant près de quatre siècles, la route maritime atlantique sillonnée dans les deux sens a permis des échanges qui ont donné naissance, de part et d’autre de l’océan, à des cultures hybrides, métisses qui restent fondamentalement africaines. Mon envie est d’en explorer certains aspects par la rencontre avec différents acteurs du monde de l’art contemporain dans cinq villes de cinq pays sur un itinéraire tracé : Kinshasa (République Démocratique du Congo), La Havane (Cuba), Salvador de Bahia (Brésil), Porto Novo (Bénin) et enfin Maputo (Mozambique).
S’il est un domaine où l’influence africaine sur la culture universelle n’est pas remise en question, c’est bien celui de la musique. Les esclaves noirs sont également à l’origine du Vaudou et de différentes religions syncrétiques en Amérique du Sud. Ces pratiques sont elles mêmes matinées de christianisme et créent de nouvelles cultures urbaines spectaculaires (théâtre, carnaval…). Certains de ces cultes et de ces musiques reviennent aujourd’hui à la source, l’Afrique, témoignant de l’exceptionnelle profondeur de ce métissage culturel.
L’idée est donc de mettre en exergue la richesse de la pluridisciplinarité et l’interculturalité dans les pratiques artistiques contemporaines par le biais de workshops sur le thème « Dialogue des cultures et Brassage d’influences ». Le but de ces rencontres est de se nourrir de l’expérience des autres artistes et en retour de leur apporter nos propres connaissances et références culturelles. Comme les poupées gigognes, le travail effectué à Kinshasa sera présenté à La Havane, venant enrichir les débats et les propositions artistiques de cette deuxième étape. Et ainsi de suite, chaque rencontre étant étoffée par les échanges précédents et apportant son lot de découvertes aux rencontres suivantes. Le travail mis en place sera relayé et diffusé par un site internet évolutif tenu à jour pendant toute la durée du voyage (carnet de route, forum…) et par la réalisation d’un film documentaire. M.K
11-02-08
CROQUIS MANO CHA
La méditation est très importante!
Quand j'étais jeune, j'étais "homme-parachute" ...
18-12-06
KIOSK INFO
Réalisation d'un KIOSK INFO pour l'événement "Scénographies Urbaines": plan du quartier avec localisation des interventions artistiques, programme, actualités et journal de la manifestation crée et distribué sur place.( voir aussi lien Songi Songi ya Scénographies ci-à gauche)![]()
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17-12-06
SCÉNOGRAPHIES URBAINES
Chargée de COMMUNICATION et RELATIONS PUBLIQUES sur l'événement "Scénographies Urbaines" à Kinshasa. RDC
Conception, réalisation d'outils de communications, affiches, banderoles... (voir aussi KIOSK INFO, rubrique INSTALLATIONS)
09-09-05
E.U.N.I (ESPACE URBAIN NON IDENTIFIÉ)
INTENTIONS
Depuis plusieurs années maintenant mes recherches et questionnements artistiques concernent l'espace urbain. Quel est-il, comment le pratiquer, comment évolue-t-il et comment le public s'inscrit-il à l'intérieur de celui-ci?
Ayant été amenée à tester ces réflexions avec des étudiants congolais en architecture d'intérieur, puis à faire différentes tentatives de pratiques urbaines avec des artistes plasticiens et des comédiens, je pense aujourd'hui que mon regard doit s'élargir. Multiplier les points de vue grâce à la pluridisciplinarité et surtout l'interactivité des oeuvres avec le public. C'est pourquoi je suis heureuse de répondre avec les artistes Myette fauchère et Dorothée Livet à l'appel à candidature du projet Tandems sur le thème "Métamorphoses".
En effet, étant toutes trois issues de la même promotion à l'Ecole des beaux-Arts de Saint-Etienne, nos chemins se sont séparés après la deuxième année pour construire trois démarches et trois parcours artistiques différents. Il nous semble aujourd'hui opportun de les confronter et de les mettre en commun pour une proposition plastique dans le cadre du festival "Rue des Arts".
Etant pour ma part scénographe, les connaissances et la pratique de Myette comme photographe et celles de Dorothée comme vidéaste apportent un plus indéniable à la création d'une installation. Mais il s'avère également que plusieurs thématiques et réflexions nous sont communes: l'espace urbain et le non-lieu, l'autre et l'ailleurs, la position active ou passive du spectateur, la relation images fixes et images mouvements...
C'est à travers ces différents axes de recherches et nos observations croisées que nous constatons aujourd'hui:
Nos villes bougent...Elles grossissent, évoluent, se métamorphosent. Tout cela va très vite, peut-être un peu trop? L'impact de ces changements sur le quotidien des habitants, sur leur rythme et leur mode de vie laisse-t-il la place au temps d'adaptation du regard et de la pensée?
"L'Urbanisme peut-il s'apprendre comme on apprend la lecture aux enfants? La globalisation du schéma général de la pensée et de l'action mène à la diffusion planétaire des modèles urbanistiques... Ce qui fleurit ici germera là-bas, beaucoup plus loin (dans l'espace et dans le temps) dans un milieu plus propice."
L'habitant, le passant, le riverain peut vite devenir "consommateur" d'espace urbain. Ce que nous voulons, c'est créer un espace de recherche, de compréhension et d'implication pour ces habitants.
Permettre, le temps d'une installation éphémère et évolutive, un glissement, un changement de position: transformer le spectateur/consommateur en acteur/utilisateur. Offrir aux gens (par l'interactivité) la possiblité d'énoncer la ville telle qu'ils l'imaginent. Instaurer une position et un présent autres, non relatifs à ceux imposés par les grands rouages du quotidien, mais liés à un lieu et des individus!
Et c'est par l'image (au sein d'une oeuvre évolutive) que se fera la réappropriation des codes urbains par leurs "pratiquants". Plus exactement, par une confrontation de représentations diverses d'occupations d'espaces urbains (celles rencontrées à l'étranger, la notre et celle du public placé au centre du dispositif).
Cette installation sera présentée à "L'Atelier du Coin": atelier/boutique. En effet, pour la justesse du propos et le bon fonctionnement de la partie interactive, il nous faut un lieu permettant un jeu entre extérieur et intérieur (vitres) et une accessibilité directe (pas-de-porte).
Pour la lisibilité du projet vous trouverez ci-joint un descriptif détaillé ainsi que des plans et photos. 
DESCRIPTIF
Vous avez rendez-vous à "L'Atelier du coin", rue Roger Salengro.
D'une surface d'environ 35 m2 au sol, cet atelier/boutique possède deux murs de vitrines donnant sur la rue. L'appel visuel se fera par le biais de grands rectangles colorés fixés sur les vitres supérieures des vitrines. Y figurera le sigle de l'installation-exposition: E.U.N.I.
Celle-ci est conçue en trois temps (>) et deux espaces.
1- L'EXTÉRIEUR:
*> Sur les vitrines de la façade Nord (rue Francis Garnier), deux grandes photos imprimées en couleur (90 x 120 cm). Ce sont des photos de villes. La présence humaine en est extraite. Ne reste que des silhouettes vides dans un espace urbain, offrant aux spectateurs la possibilité d'apercevoir l'espace intérieur d'exposition. Mais surtout, laissant le champs libre à leur "intrusion" (par le reflet) dans cette photo.
* Sur la façade Est, une troisième photo, mettant en place le même procédé (trois vitrines, trois photos différentes).
* A côté de cette dernière, sur les deux vitrines encadrant la porte d'entrée (dont les vitres seront
obstruées par du papier coloré), sont appliqués deux chassis. Le spectateur est face à un diaporama projeté à l'intérieur de la vitrine sur un écran. Très lentement défilent des photos d'objets insolites, détourés et "collés" sur des fonds unis colorés. Flottants dans un non-lieu, ils appellent un contexte. Celui-ci est soumis à la participation du spectateur/utilisateur:
> Un chassis encadre la vitre, dans lequel ont été prévues des rainures. Le spectateur devra y encocher des formes urbaines que nous mettrons à sa disposition. Sorte de pièces de puzzle, ces formes sont des photos découpées et collées sur du carton épais. Elles représentent différents "bouts de villes": immeubles, mobiliers urbains, panneaux de signalétique, etc...
En sélectionnant et manipulant certaines de ces formes, le spectateur est invité à construire "son" espace urbain autour des objets insolites proposés par le diaporama. Ces propositions seront systématiquement "répertoriées" grâce à des photos numériques prisent sur le vif et imprimées dans l'instant qui suit.
2- L'INTÉRIEUR:
* A l'intérieur, devant les deux vitrines encadrant la porte, deux écrans de rétroprojection sur chassis, ainsi que deux plots qui portent les vidéoprojecteurs. Le spectateur pourra y voir l'envers du décors.
*> Dans une demi-pénombre, le spectateur découvrira la partie exposition de l'installation. L'espace sera envahi par des fils colorés courants d'un mur à l'autre. "Toile d'araignée" à laquelle seront suspendues des photos.Le premier jour du festival, seules nos photos seront accrochées: traces de nos propositions de composition d'espaces urbains, réalisées selon le même principe que celui pratiqué précédemment par le spectateur (à l'extérieur). Et tout au long des dix jours, les fils se rempliront de traces des propositions des spectateurs/ acteurs, mises sur le même plan que les nôtres.
18-05-05
BONS BAISERS DE KINSHASA
Vous trouverez ci-dessous une partie (je dis bien une partie car l'étendue de ma prose est vaste...) du journal que j'ai tenu lors de mes six mois de résidence artistique à l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Il est découpé en épisodes et relate à la fois la vie quotidienne d'une jeune "mundele" débarquée au "Coeur des ténèbres" et un aperçu des différents travaux que j'y ai réalisé.
Sangonini, quelles nouvelles ? 10/11/2004
Mercredi soir... suis arrivée à Kin depuis 3 jours. Ai trouvé Dimanche à l’aéroport Monsieur Daniel Shongo, le D.G (ici ils l’appellent comme ça, ça a 1 côté très officiel). Ils le saluent les 2 mains jointes en baissant la tête. Il a une voiture avec chauffeur,1 maison avec 1 portier, 1 femme qui lui fait la cuisine et tout et tout) mais pas ma valise !! Et oui, elle s’est égarée au Kenya lors du transit (j’ai voyagé avec Kenya Air Ways, c’est moins cher qu’Air France). Rassurez vous après 3 jours elle a fini par réapparaître. Bref, après un repas copieux, précédé d’ailleurs d’une prière (ici les églises foisonnent) nous sommes allés changer de l’argent. Tout ceci ressemblait fort à un film sur les trafics mafieux: moi à l’arrière de la Mercedes blanche du D.G, sortant 100 dollars et 1 gars accoudé à la fenêtre recomptant une liasse de 10 cm d’épaisseur, puis la tendant discrètement au D.G à côte du chauffeur (je saurais plus tard qu’il est en fait l’adjoint du D, Mr lema Kusa) qui gérait le troc.100 dollars=41500 frcs congo
Le site de l’Académie est super et je suis logée dans le parc en face de l’internat des filles. Je partage une maisonnette appelée « Maison de passage » avec une espagnole qui vient de Valencia et qui fait de la sculpture. Elle est là pour 6 mois!!
Ai été accueillie successivement par une dizaine d’artistes, tous plus ou moins anciens élèves de l’ABA. Ils ont un atelier génial au CCF (ou Halle de la Gombe) où ils sont en résidence.
En tout cas je ne m’ennuie pas et ils font les guides pour aller boire un verre dans les quartiers chauds et animés.
La suite au prochain épisode.
Mélinée
Episode 2 13/11/2004
jeudi/vendredi
Le travail commence! J'ai déjà fait plusieurs réunions (épiques) avec les étudiants avec lesquels je vais bosser et les profs concernés par les options abordées. Tout ici, dans le fonctionnement est très rigide...Organisation, planification, cotation, évaluation. Le workshop prenait une tournure un peu inquiétante pour moi: 108 étudiants à gérer sur 4 mois en 4 groupes de 27 + obligation de résultats car intégration au programme de l'année!
Bon, j'en ai parlé au directeur et il me dit que le profs croyaient que j'étais aussi prof et non stagiaire (autrement dit en partage de connaissances). Mais de toute façon, ils sont très intéressés par ce que je propose: travailler sur une opération nommée KIN BOPETO (mise en place par le gouverneur pour nettoyer les quartiers insalubres : ils ont tout rasé. Les gens y vivaient dans des contenairs ! Mais rien n'a été reconstruit, alors nous allons faire des propositions utopiques de réaménagement de plusieurs quartiers touchés. Du coup Mr Lumbala (le prof référent de la section Architecture d’intérieur qui m’accompagne) a déjà invité un prof d'hygiène de l'habitat à nous faire une petite introduction qui à situé le travail et permis aux élèves de comprendre où je veux en venir. Quels sont les axes, questionnements à aborder. Pour ce qui est de la méthode, je pense que ça ne va pas être évident. Ils ont l'habitude des sujets très encadrés et la liberté d'interprétation n'est pas leur spécialité. Exception faite de quelques rebels acharnés (qui ne sont pas hélas « mes » étudiants), qui ont des ateliers et pratiquent en dehors de l'école: 1 fille et 5 mecs... les artistes apprentis ne jurent que par la technique, la sculpture académique et la peinture figurative à l'huile. Le reste c'est du n'importe quoi!! La récup? Beurk! La performance? Mais ils sont fous! Les installations? Mais qu'est ce que c'est que ça?
La majorité e ceux qui sont ouverts sont ceux qui se sont précipités sur J.C Lanquetin et les workshops. Apparemment, il le vénère, il a fait bouger les choses, il les a aidé à faire une expo choc dans l'Académie (Wenze Wenze*) Quant à l'ancien directeur du CCF, tous l'appellent PAPA KIN! Il à marqué les esprits et le nouveau venu n’enchante personne. Bref être artiste indépendant, libre et l'affirmer, ici, "c'est tout un combat" comme dirait Vitshois Mwilambwe.
Bon, Boza Malamu*
Vous remarquerez que mon Lingala, l’une des 4 langues du pays, parlée en l’occurrence à la capitale, s'améliore de jours en jours!!
Mélinée
Ndako na biso 17/11/2004
Laissez-moi vous décrire un peu le lieu où je suis logée : « La maison de passage », qui entre nous porte bien son nom car il est quasiment impossible d’y être seule plus d’une heure par jour ! La porte ferme mal (ou à clé…), d’où peut-être son nom ?
Un petit frigo vieux d’une cinquantaine d’années (et qu’il ne faut toucher pieds nus sous aucun prétexte, sous peine de s’électrocuter) trône dans l’entrée. À droite de la porte, une petite cuisine sommaire que Soraya et moi avons étoffée d’un peu de vaisselle et d’une plaque électrique achetée chez les chinois (et oui, ils sont partout !). Face à la porte, la salle à manger, la plus grande pièce de la maison ornée d’1 superbe buffet en bois sculpté (probablement fait à l’Académie même), d’1 table en formica immense et de 4 chaises en plastique de jardin. Nous y mangeons, y travaillons. C’est là aussi que nous recevons la foule nombreuse de curieux qui viennent au Zoo voir les mundele* (blanches). En effet, les moustiquaires à toutes les fenêtres et les « terrasses » qui longent les façades en taule de la maison peuvent parfois évoquer les zoos humains. Les élèves passent la tête sans discrétion pour nous observer. Ironie du sort dans un pays qui a connu à une époque la mise en captivité de ses habitants ! Plus joyeusement, nous y logeons sur des matelas (la seule chose qui soit en abondance dans cette maison bizarrement) nos amis qui n’ont pas de chambre au Home étudiant. 1 couloir mène à la salle de bain où l’eau ne coule qu’une fois sur deux et où donc nous stockons des seaux d’eau « puisée » à l’extérieure devant le Home des filles. Puis trois chambre : 1 toute petite qui sert d’atelier à Soraya les jours de pluie, 1 grande pour les couples, récemment équipée par les soins du D.G d’un tout nouveau sommier et cadre de lit 2 places pour une prof de l’ESAD qui vient accompagnée de son mari (villégiature ?). Enfin, notre chambre, séparée en 2 par une cloison en placo (comme tous les murs ici). Nous dormons sur des minis lits mais possédons une magnifique armoire en bois sculpté !Si nous ne vivions avec une famille de rats, nous aurions probablement pu poser plusieurs matelas à même le sol…
Il me reste à vous décrire un « meuble » un peu plus particulier. Ne vous méprenez pas, c’est un peu délicat comme situation. Il s’agit de Papa Muluba : notre « boy », appelons un chat un chat ! Il était là quand nous avons emménagé, fait la vaisselle, la cuisine, les courses, le ménage, etc… Il a les clés, arrive tôt matin, nous attend debout à côté de la table du petit déj dressée, veut savoir à quelle heure on dîne!
Après un temps où nous ne savions quoi faire, nous avons rendu visite à Shongo afin de lui expliquer notre vision des choses. Nous avons appris que Papa Muluba est « attaché » à l’Académie. Fonctionnaire impayé depuis des mois, il fut cuistot à l’époque où l’ABA possédait une cantine (sous Mobutu, Ah ! c’était le bon temps), et, inemployé, il a été affecté à la « maison de passage » pour assurer le service comme dans un hôtel. Nous avons expliqué que cela nous embarrassait et décidé d’une juste situation : nous le payons puisque l’Etat ne le fait pas et il ne vient que quelques fois par semaine faire un peu de ménage. Du coup, il s’est pris d’affection pour nous et nous avons hérité d’un grand-père. Aussi sympathique que cela soit, ça présente un nouvel inconvénient quand le pépé en question se croit obligé de commenter nos faits et gestes et de rapporter notre vie privée à ses supérieurs !!
Mélinée 
Episodes 3/4 22/11/2004
ça y est , j'ai été baptisée comme on dit ici: la MALARIA,plus communément appelée chez nous paludisme...
Après une éreintante journée où je suis allée à Bandal sur le terrain municipal (une commune juxtaposée à celle de Lingwala où se trouve l’ABA) faire des photos et interviews sur KIN BOPETO*, puis où je suis allée négocier à Matonge une petite radio pour égailler notre cuisine (pour la modique somme de 2000 frc Congo), suis rentrée à l'ABA pour normalement une réunion à 14h30 avec mes dix étudiants volontaires (ayant formé 5 équipes de 2 qui vont travailler sur des lieux différents). Mais voilà qu'une messe spéciale a été organisée par le D.G dans la salle de promotion et nous sommes tous conviés avec fermeté à y assister. On m'assure que ça ne durera que 3/4 d'heure et que la salle sera libre ensuite pour travailler. Nous ne sortirons en fait qu'à 16h30 et je suis prise de fatigue et de frisson sous les imprécations du révérend et les cris et chants de ses fidèles.
Bref, nous réussissons à nous mettre au boulot, je leur avais préparé deux feuilles : une avec des questions, sorte de guide de travail pour les recherches et une avec des citations de Anna Harendt et Marie-josé Mondzain sur le statut d'artiste et la position des regards. Nous avons débattu autour de cela et ça c’est révélé très intéressant. D'autant qu'il y avait un prof (Lumbala) et qu'il n'avait pas la même vision des choses qu'eux et moi encore une autre. A 18h, j'avais rendez-vous avec Mademoiselle Murphy qui est une ancienne étudiante de l'ABA qui travaille maintenant à la RTGA (télé locale). Elle est très intéressée par ce que nous faisons et a elle-même fait un doc sur un thème similaire: REGARD SUR LA VILLE DE KINSHASA. Du coup elle a accès aux archives récentes journalistiques qui pourraient nous être utiles. Bref elle va bosser avec nous. Lorsqu'elle m'a quittée, la fièvre a commencé à monter. Soraya et Vitshois étaient là et ils m'ont veillée toute la nuit lorsque ça montait jusqu'à 40/41... Délires. Matin, épuisée...1 infirmière arrive! Prise de sang, piqûre contre la fièvre, début d'un traitement antipalu.
La suite plus tard
Mélinée
Suite épisodes 3/4 22/11/2004
3 heures plus tard, résultats des analyses: malaria +1, et infection virale! La fièvre remonte malgré la piqûre, direction l’hôpital.
Clinique NGALIEMA (le D.G a choisi un bon hôpital apparemment), re-infirmière, re-piqûre, re-prise de sang... Docteur, prise de tension, stéthoscope. 2ième doc, prise de tension, stéthoscope. 3ième doc, prise de tension et stéthoscope. Je flippe en me demandant si c'est si grave que ça mais je comprends qu'en fait Soraya (ma garde-malade et maman pendant 2 jours) et moi faisons office de bêtes de foire. Divertissement, spectacle! 2 blanches d'1 coup c'est dingue ! Est-ce qu'elles sont foutues comme nous? Et une seringue dans les fesses de la mundele*. Les internes hommes en profitent pour demander à nous revoir, si on à un numéro de téléphone (ici, tout le monde vit suspendu à son portable) et où on habite. Bon , 4 heures plus tard je suis libérée et sous anti-biotiques, anti-palu, anti-inflammatoire. Après deux jours de repos complet, alitée, tout va pour le mieux. Par contre j'ai pu apprendre qu'une infirmière et un médecin ne gagnent pas plus de 10 ou 20 euros par mois. Les employés des postes sont en grève depuis 1 semaine car ils n'ont pas été payés depuis plus de 48 mois (4 ans!!!). Vitshois ayant cru bon de me distraire pendant ma convalescence m’a montré le travail de son frère artiste. Des photos 20/30cm qu'il a faites dans la rue. Je regarde, et je tombe sur: un corps gisant décapité, baignant dans son sang. Et la photo suivante : la tête et tout qui sort. La fatigue et le choc aidant, je me met à pleurer et Vitshois se marre. Pour lui c'est du quotidien. Ce mec s'est suicidé sur la voie ferrée à côté de chez lui. Ca me rappel la semaine dernière lorsque je suis allée au marché central. Au milieu des étalages, des cris, des gens qui se bousculent, gisait en vrac le corps d'un gamin d'à peine 15 ans, mort sans doute pendant la nuit, les yeux déjà attaqués par les mouches et la bouche béante. On passait à côté de lui comme si de rien n'était. Personne ne songeait à le déplacer. Pour aller où? Il n'avait sans doute pas de famille, un shegue* parmi tant d'autre.
Bon, je ne voudrais pas vous plomber mais ça fait partie de mon voyage. Cette ville est très dure, mais c'est fort.
A bientôt à tous
Mélinée
Rassurez-vous 27/11/2004
bon,rassurez-vous,je vais très bien. J'ai été très bien soignée et je pète le feu. Je vous écris rapidement aujourd'hui pour un épisode plus gai et drôle: Dimanche dernier, avec Soraya ma colloc espagnole avec qui j'ai plein d'atômes crochus, sommes sorties faire un petit tour. Et voilà que devant le portail de l'école qui sert de salon-terrasse, etc… à tous les internes de l'école, nous tombons sur Kennedy (1 ami avec qui j'étais allée quelques jours avant négocier une radio à 2000 frc, à Matonge). Il nous propose de monter dans le premier bus qui passe et d'aller au terminus, histoire de découvrir la ville. Et nous voila partis pour Selembao, via Bandal, dans un combi tout cabossé (qui chez nous serait à la casse depuis longtemps), dans lequel des bancs ont été posés (je dit bien posés et non fixés) et où nous nous entassons à au moins 20 personnes. Pour 100frc, on va jusqu'au terminus en passant devant la prison de Makala (l’horreur les histoires que j’entend sur ce lieu), et on se ballade. On est allés boire une SKOL (bière d'ici en concurrence directe avec la PRIMUS, "chacun sa bière et on ne mélange pas!") à une terrasse d'où nous voyons tout une partie de la ville de nuit... enfin celle qui n'était pas plongée dans le noir par la coupure de courrant! Retour par Mariano, Victoire, qui est un grand rond point, changeur. Et là, c'est la sortie d'un match de foot qui à eut lieu au stade juste à côté... Cohue, bagarre pour un taxi. Avec Soraya, on observe pendant que Kennedy supervise. Il en a trouvé un, on veut monter dedans, mais d'autres gens s'y sont précipités par l'autre porte! Raté!! En voilà un autre: avec Soraya on court, on bondit sur le siège avant et on ferme la porte! Gagné!! On vous a bien eût... Eh oui ! On a vite compris qu'ici c'est la guerre des transports et que 2 personnes se partagent le siège passager, pendant que 4 autres s'entassent derrière.
Bon, la suite de ces aventures trépidantes au prochain épisode car Tom's, le master internet de l'école s'impatiente: normalement il ne travaille pas le samedi et il est déjà 17h.
Mélinée toujours la même. Enfin presque…
La poste est en grève pas la peine d’essayer 07/12/2004
Hello, suite du roman, photo cette fois-ci si les pièces jointes marchent.
Ai encore passé 1 heure à courir après les étudiants. Avions réunion à 14h30, mais à 15h, toujours personne. Nous avons fini par démarrer à 15h45, amputés d'un groupe de 3 élèves. Ca ne m'a pas étonnée plus que ça étant donné la constitution de ce groupe: se sont les étudiants avec lesquels je travaille sur le site QUARTIER 1 NDJILI. Pour vous donner un aperçu : le jour de l'expédition repérage, premièrement 1 nouvel élève c'était ajouté au groupe. Soit! Deuxièmement,le leader du groupe (également président des étudiants) Mr Niams, n'a pas jugé bon de nous rejoindre. Et pour finir, le prof Lumbala à tenu à nous accompagner, parce que Ndjili est son fief: il y travaille sur un chantier d'archi avec les chinois... mais il nous à fait poireauter pendant 1 heure sur le bord du boulevard 24. Bon, arrivés enfin sur place, site Bicali (eucalyptus), nous voilà face à un poste de police… qui, comble d'ironie, est installé dans deux contenairs, vestiges des bars rasés ici par le gouverneur. Bref, forts de leur importance, et placés là pour veiller au bien être de la population (car ce quartier est assez populaire et chaud, prostitution, criminalité avant le "nettoyage") ils nous demandent nos autorisations. Moi, toute fière de m'en être procurer (ce fut aussi tout un combat), je lui tend mon autorisation de reportage signée par le "chef de division de la culture et des arts", et mon attestation de recherche de l'ABA! Et ça ne leur fait ni chaud,ni froid. Il faut la faire contresigner par le commandant du district de la commune. Lumbala remercie et nous partons en taxi, après avoir confié les étudiants à la garde de la police et photocopié mes autorisations(on me conseille systématiquement de ne pas montrer les originaux). 
Il a plu juste avant notre arrivée et devant le district, c'est l'océan. Lumbala contourne la marre et je saute bravement. Applaudissements des flics postés à l'entrée: "Mundele ya makasi" (traduire: coup de force de la blanche).
Bon, on a pu avoir la signature, retour sur le terrain. Quel besoin ont ces cons de militaires de faire les intéressants ? Ils lisent et relisent mes papiers: je peux tout filmer, mais pas la police, donc dans mon panoramique, je dois sauter l'espace occupé par leur conternair!! Bicali c’est à Ndjili, mais juste en face, c'est Masina: « la chine populaire » comme ils l’appellent. Alors, lorsqu'on commence les questions avec (épique!) des cireurs de chaussures sourds et muets, c'est un gars qui traduit en lingala et Lumbala me traduit en français. Ils sont là depuis des années et ils racontent: les prostituées, les bars, les bagarres, les larcins, la puanteur... et quand nous en arrivons à poser la question: "Qu'aimeriez-vous qu'on reconstruise ici à la place?", je m'aperçois que nous avons été encerclé par une foule compacte. Tous se mettent à parler en même temps. Dina prend des notes et elle est harcelée: "Et,petite,notes!1 terrain de foot, un centre commercial, un centre artistique, une piscine, des espaces verts... Faites revenir les putes!!"
C'est la cohue, impossible de les arrêter. Nous prenons la fuite en se glissant entre les bras et les jambes qui gesticulent, sautons dans un taxi Express (une course directe et un taxi pour nous tout seul). Je mitraille par la fenêtre. Suis allée faire développer déjà 300 photos (en 1 mois c'est pas mal). Faut dire qu'il y a de la matière. En voilà ci-jointes en principe, quelques unes.
Tchao. Succès, courage à tous et toutes.
Mélinée, qu'on appelle déjà Mékin ici (Mama Kinshasa)
Vraiment on est sûr de rien 13/12/2004
Alors là, on ne pourra pas dire que je ne sois pas vraiment baptisée à la Kinoise. Chers lecteurs, j'ai un nouvel épisode de taille à vous compter. N’ayez pas peur, de loin les choses prennent des proportions énormes mais ici, c'est une anecdote! Alors voilà:
Sommes sorties Soraya et moi un soir pour aller au centre Wallonie-Bruxelles voir un spectacle intitulé: "Un fou noir au pays des blancs" de Pie ? (j'ai mangé son nom). Un one-man show excellent sur les péripéties de l'immigration et l'intégration des congolais en belgique. Le spectacle à débuté par une blague géniale:
Bush meurt et arrive en enfer. Il demande à Satan: "Ben Laden n'est pas là?"
"Non, répond Satan, il n'est pas encore arrivé!"
"Comment, avec toutes les bombes qu'il à reçu... il faut absolument que je prévienne la maison blanche! Prêtes-moi ton portable."
"Ok mais juste 2 minutes".
Bush téléphone et demande aux Américains d'être très vigilants. Lorsqu'il raccroche Satan lui demande 10 millions de dollars pour la communication.
"Comment,pour 2 min?"
"Et oui, les USA c'est pas la porte à côté!"
Bush, rageur signe un chèque. Là dessus la reine Elisabeth débarque:
"Moi aussi il faut que je téléphone, l'histoire avec Lady Di c'est pas clair."
"Ok répond Satan, mais alors 2 minutes!"
Elisabeth téléphone et lorsqu'elle raccroche Satan lui demande 10 millions de livre sterlling.
"Comment mais je n'ai parlé que 2 minutes!"
"Oui,mais l'international ça coûte cher!" elle paye.
Arrive Mobutu."J'ai aussi un appel à passer"
Il parle, parle, pendant 1 heure. Et lorsqu'il raccroche, Satan lui demande 3 dollars.Les 2 autres sont révoltés. Pourquoi lui il paye si peu?
Satan répond: "Vous savez, de l'enfer au Congo, c'est une communication locale..."
À bon entendeur, salut !
Nous voilà sorties. Il faut rentrer et par chance (enfin...) nous tombons sur Ange, une étudiante des Beaux-Arts qui va rentrer avec nous. Il est déjà 22 heures et nous voulons prendre un taxi. Un shege nous colle au train en réclamant de l'argent. Nous sommes donc ravies lorsqu'un taxi s'arrête: "boulevard 24?" "oui, Académie des Beaux Arts". Ange s'assoit devant avec un gars et Soraya et moi derrière avec un autre gars (balaises les gars). Mauvaises ondes dans cette voiture… Le chauffeur commence à poser un tas de questions à Ange en Lingala et ralenti subrepticement l'allure. Lorsque je sens que le ton monte et que Ange n'arrive pas à s'en dépatouiller, je demande au chauffeur s'il y a 1 problème et s'il peut parler en français. Il arrête alors le véhicule sur le bord de la route! Que faire? Sauter dehors? Il fait nuit et il y a très peu de circulation. Il sort une carte de police (volée ou falsifiée bien sûr) et nous somme de montrer nos papiers. Ces messieurs sont soi-disant des services secrets et veillent à ce que nous ne soyons pas (les 2 blanches) ici pour faire de la politique contre le gouvernement. Mais il ne leur suffit pas qu'on leur tende la photocopie de nos passeports. Ils veulent fouiller eux-mêmes les sacs. La tension monte et nous nous exécutons docilement.
Soraya à son appareil photo et c'est toute une histoire pour leur expliquer que nous sommes artistes et que ce sont des photos de nos travaux. Enfin,ils nous rendent nos affaires et nous demandent de sortir du véhicule. Ouf, nous sommes dehors. Mais je met la main dans mon sac et m'aperçois qu'il n'y on pas remis le téléphone portable. Ange, naïve, me dit qu'ils ont dû oublier et s’approche de la portière pour leur demander. Mais ils démarrent en trombe et disparaissent dans la nuit. Paniquée, Ange comprend et regarde dans son sac : la petite poche intérieure a été vidée: 30 dollars. J'ouvre mon portefeuille (que j'avais pourtant bien surveillé pendant qu'ils le manipulaient): les francs congolais sont toujours là, mais la petite poche avec les 40 dollars que j'avais retirés chez le D.G le matin même (c'est mon coffre-fort) est vide également. Si on compte le prix d'un portable ici, ces gros cons nous ont pillé 100 dollars en tout. J'espère qu'ils boiront à notre santé. Puisque c'est sûr qu'ils vont tout dépenser le soir même en faisant la fête!! Allez, on est saines et sauves, c'est le principal et puis ça nous servira de leçon:
Ne jamais sortir le soir à Kin si on est pas accompagnées par des gars. C'est quand même dur à admettre pour nous les Européennes indépendantes...
A tchao bonsoir.
Mélinée qui apprend chaque jour.
CRS SS !! 20/12/2004
Hello z’à tous. Trop de choses à vous raconter pour tout dire. Sachez que les nouvelles que vous recevez sont en différé et de plus en plus d'ailleurs. Mais c'est mieux que rien n'est-ce pas? Et vous pourrez toujours acheter le roman que je publierais à mon retour!
Alors, nous sommes le vendredi 17 décembre: "LIKAMBO AZALI YA MABELE SANGWEMA" (traduire: "cette terre nous appartient") "POLICIER AZALI CIVIL SOLO, TO KOBANGA TE" (traduire: "les policiers sont des civils comme nous, on ne va pas avoir peur")
Voilà la cause des cris d'aujourd'hui. Un conflit existe entre l'ancien bourgmestre de la Gombe (une commune) de l'époque de Mobutu et les Beaux-Arts. En effet ce monsieur à déterré de très vieux titres de propriété et à vendu une parcelle du terrain de l'ABA à des particuliers pour qu'ils construisent. Hors depuis des années ce terrain appartient à l'Etat et donc à l'école.
Le D.G s'opposant à la construction, les étudiants ont voulu le soutenir en organisant une marche pacifique vers l'hôtel de ville. Mais ça à dégénéré. Le D.G qui était présent, ainsi que l'Académique et une poignée d'étudiants ont été arrêtés. Du coup, en protestation, les étudiants ont brûlé des pneus sur la route pour bloquer le boulevard 24, juste devant l'ABA...
Arrivée en trombe des forces de l'ordre: 3 jeeps pleines à craquer de flics armés de mitraillettes, casques et boucliers. C'est la guerre ! Ils envahissent le jardin de l'école, on se croirait dans un film: "Déploiement des troupes!"
Je me suis précipitée sur mon appareil et je suis au balcon du bâtiment principal, je fais des photos de loin. Mais des étudiants de l'IBTP (l'école d'archi d'à côté) qui ont rejoint le mouvement m'aperçoivent et commencent à crier: "Et la blanche tu filmes pas! Tu vas encore donner ça à la presse... etc" Comme la pression atmosphérique monte à toute vitesse et que je vois les étudiants commencer à jeter des pierres sur les flics et les flics riposter à coup de gaz lacrimo, je prends mes jambes à mon coup et je cours comme tout le monde. Mais moi, j'ai quitté mon perchoir pour foncer vers ma maison. Mega est là et Soraya aussi. Stanislas vient nous porter son tel portable pour qu'on le protège et retourne se jeter dans la mêlée. Papa Muluba nous enferme à clé en nous interdisant de sortir. On ferme les fenêtres pour se protéger des gaz et je continue à faire de photos par la fenêtre.
Coups de feux et bombes lacrimo envahissent les airs.
Donc, coups de feux et gaz envahissent l'atmosphère, les étudiants se dispersent et se ruent sur les robinets. Mega sort précipitamment, rempli un sceau: "Mayi, mayi*", il va au secours des yeux brûlés. Les flics s'approchent des homes (logements des étudiants), les pierres volent dans les airs. Et un tire de lacrimo entre dans l'infirmerie où un pauvre vieux asmathique se faisait soigner. Il est évacué d'urgence. Ils sont juste devant chez nous. Soraya et moi nous planquons, pas la peine de tenter le diable. S'ils voient des blanches, va savoir ce qui leur passera par la tête? Ils contournent notre maison et on les voit reparaître avec le prof Baka (métal battu), mains dans le dos. Il se fait maltraiter et embarqué avec des étudiants. Il a juste eut la malchance d'être au mauvais moment, au mauvais endroit. Retranchés devant le portail, les flics refusent de sortir sous prétexte de protéger la circulation sur 24. Les étudiants des autres universités ont été appelés en renfort mais ce ne sera pas nécessaire car 1 heure après leur arrestation les gens sont tous relâchés et à l'arrivée du D.G, les flics se retirent. ça se calme. Des journalistes arrivent, ils filment les dégâts causés par l'intervention musclée des forces de l'ordre. Et une discussion animée s'engage sous nos fenêtres: on reproche à Diego, le nouveau président des étudiants, de n'avoir pas couvert les étudiants et de n'avoir fait qu'attiser la colère des manifestants! Suite à cette matinée, il bien sûr normal pour les étudiants avec lesquels je travaille normalement de faire l'école buissonnière!! Du coup, je suivrais dans la journée les retombées de l'évènement: D.G convoqué au parquet et soutien finalement du vice-président en faveur de l'Académie. Que d'émotions!!
« Chaque jour est une vie » comme on l’entend sur RFI
Parlons un peu travail 21/12/2004
Bon, avec toutes ces choses qu'il se passe ici, j'en oublie de vous dire que je travaille quand même!! Alors voilà: J'ai proposé à un groupe de 10 étudiants de travailler sur 4 sites touchés par KIN BOPETO et nous avons tout d'abord fait un travail de recherches sur cette opération. Puis visite des sites, relevés de mesures et interviews des gens qui habitent là-bas, mais aussi des gens dont on à détruit les commerces, parfois sans sommation (sachant que certaines zones comme « Le Bloc » dans la commune de Bandalungwa sont depuis l'époque coloniale désignées comme zones commerciales et que aucun contenair n'était posé là : c'était des constructions en dur et les populations payaient des impôts pour leurs activités). Le plus dur à été de les faire sortir des propositions basiques d'archi telle qu'ils la pratique et de se poser la question de la justification des choix. Peut-être leur propositions pouvaient-elles être d'une manière ou d'une autre le reflet de leur point de vue sur les méthodes choisies par le gouvernement pour revenir à Kin la belle et non la poubelle. Bref, certains se sont investis à fond et nous avons eut des réflexions intéressantes et d'autres ont travaillés à la dernière minute dans leur coin comme s'ils avaient un exercice à rendre. Comme il faut boucler à un moment donné et que ça commençait à s'épuiser, nous avons organisé une petite présentation pour que ça ne soit pas sans impact pour eux, dans une salle de l'académie. Le résultat est pas mal car nous avons aussi combiné avec des oeuvres de plasticiens et design qui exploitent le titre de l'expo: KIN YA SIKA (renouvelée) Shongo, le directeur est content, mais lui et deux étudiants qui se sont beaucoup investis se sont mis en tête de présenter ça au gouverneur. On verra où ça va , car entre les mots et les faits ici...
En tout cas le vernissage c'est cette après midi à 17h!!
Bientôt 2005 29/12/2004
Week-end de noël à Mont Ngafula. Samedi 12h,taxi pour Bandal, puis changement pour Ipen, puis combi pour Mont Ngafula. Rond Point, 28 avenue Mobutu, famille de Féli... Mont Ngafula est une cité, mais on se croirait à la campagne. Sur les hauteurs autour
de Kin, reste encore de la végétation, des arbres et des cultures. Le quartier est calme, les habitants sont posés, les rues faites de sable (seules 2 artères sont goudronnées) et c'est propre!! Le pied pour un touriste en mal de calme, mais l'enfer pour les habitants qui ont construit dans une zone sujette aux érosions lors des fortes pluies. Et totalement excentré pour les jeunes qui font leurs études à l'autre bout de la ville ou veulent tout simplement boire un verre avec les amis!
Pour remédier aux éboulements, les gens ont ramené exprès des carcasses de voitures rouillées et des sac de riz remplis de pierres,ce qui donne malgré tout un air de ressemblance à cette commune avec le reste de la ville. Les maisons sont espacées, chacun possède une parcelle à la superficie tout à fait correcte proportionnellement au nombre d'occupants (qui est important puisque toute la famille, enfants de 8 à 30 ans, petits-enfants, oncles et tantes co-habitent...). Le soir, après un repas copieux servi d'abord aux enfants, ensuite à la mama, ensuite à nous (invitées) et enfin aux gars, sommes partis en taxi à la cité MAMAN MOBUTU,"Margaret Airways Bar". Une terrasse quoi, mais l'espace est super: 1 premier niveau avec le bar et des tables, une marche, 2ième niveau: à nouveau des tables, mais entourées par 2 scènes, pistes de danse avec miroirs (indispensable) et lumières. 3 marches et l'espace se divise. Si on tourne à droite, on arrive sur une terrasse qui donne sur les collines en face et est aménagée avec des paillotes. À gauche, la cabine du DJ et une grande piste de danse avec miroir également.
C'est Noël et exceptionnellement on voit des filles. En règle générale lorsqu'on sort le soir, Soraya et moi sommes les seules filles aux terrasses. Mais pour le 25, elles ont l'autorisation et sortent avec leur copain ou 1 frère... Nous voilà bientôt harcelées de questions par les voisins de table: "Bonjour, je suis Mr machin et je suis assistant à l'université. Alors,vous les blanches, vous pensez quoi du Congo? C'est comment votre séjour? Vous faites quoi, vous êtes là pour combien de temps?" "Vous avez vu dans quelle misère on vit?...Chez vous c'est mieux! Ah... l'Europe. Vraiment vous avez de la chance. Un jour on ira là-bas!"
Et là, commence la longue série des « il paraît que » à laquelle on a si souvent droit ici.
"Il paraît que tous les étudiants sont boursiers. Il paraît que l'Etat paye très bien les chômeurs. Il paraît que vous avez tous internet à la maison. Il parait que lorsqu'on a un bon diplôme on trouve toujours un travail bien payé. Etc.........................."
Difficile de répondre.Nous décidons quand même de tempérer leur enthousiasme et j'explique que tout est relatif et que les avantages sociaux soumis à conditions. "Ah bon? Merci!" (ici ils disent merci à tout bout de champ, mais jamais après un service rendu). Et là, nous commençons à parler des élections prévues pour le mois de juin 2005. Tous se réjouissent de pouvoir enfin voter. ça c'est sur ils vont participer... Mais voter pour qui? Tous leurs candidats sont selon leur expression des "aventuriers". Comment avoir confiance et croire en leurs promesses? Du coup chacun compte voter pour le candidat qui vient de la même région ou bien est de la même ethnie que lui. C'est vraiment un problème ici l'attachement à l'appartenance ethnique. Les kasaÏens ne supportent pas les katangais, les gens d'équateurs ne partage rien avec la province orientale. Ce pays ne sortira pas de la guerre et du chaos tant que les congolais ne seront pas solidaires et attachés à d'autres valeurs que la jeunesse, la boisson et leur nom de famille...
Seulement quelques personnes disent vouloir voter pour Tshisekedi car il fut opposant de Mobutu, puis de Kabila, qu’il à fait de la prison et en connaît un rayon sur ce pays.
MAIS CES ÉLECTIONS AURONT-ELLES SEULEMENT LIEU?
Des nouvelles 12/01/2005
Salut à tous et toutes... ça fait longtemps que je ne vous ai pas écrit. Explication: l'Académie des Beaux Arts n'ayant pas réglé sa dernière facture, la connexion lui a été retirée. Voilà de ça une semaine, je me résout donc à vous écrire d'un cyber!!
Bon, au niveau nouvelle, j'ai le plaisir de vous annoncer que nous avons ici produit 2 performances pluridisciplinaires et pluri-identitaire. Un travail à l'initiative de Wantina, avec la participation de Laura et Tété (2 jeunes artistes congolaises), de Soraya et de moi-même en tant que scénographe, metteuse en scène et régisseuse lumière. Bien sûr j'ai plein de photos vous verrez ça plus tard. Toujours est-il que c'était vraiment très intéressant et les lieux étaient super: une cour intérieure toute biscornue, et remplie de carcasses en tout genre, et l'ancienne chapelle de l'ABA.
Mystic!!!!
Sinon, ici c'est le mois de janvier, autrement dit : tension. En effet, le 4 Janvier on a célébré la fête des martyrs de l'indépendance, puis une grève des administratifs et techniciens fonctionnaires a débuté. De plus, lundi, le gouvernement ayant annoncé que les éléctions seraient repoussées au mois d'octobre, une marche a eut lieu. Opération ville morte. Pas de transports, pas d'activité au centre ville et 2 quartiers chauds (Limete et Ndijili) à feu et à sang: 10 morts. Nous étions bien sûr à l'abri et le soir même l'Ambassade à annoncé que tout était calme.. Décidément c'est pas demain que ce pays va s'en sortir !
Bon,la suite prochainement et encore meilleurs voeux à tous et toutes.
Mélinée
Mystique 18/01/2005
Vraiment j'ai du mal à saisir comment on peut croire à autant de chose contradictoires avec autant de conviction. Ici les gens mélangent allégrement croyances ancestrales, catholicisme, animisme, et sciences physiques.
=Histoire 1: ce n'est pas à cause du mauvais entretien que les rues de Kin ressemblent à un chaos, les restes d'un terrain miné.... Non, c'est le sang des congolais qui coule et qui creuse le sol.
=Histoire 2: dernièrement une femme qui vendait des bijoux au marché central est morte.Voici comment:
c'était une grande voyageuse et ces bijoux n'étaient pas des bijoux comme les autres. Importés de Lomé, ils étaient un peu grigri, un peu mystiques. Il se trouve que la dame s'est enamourée d'un jeune et beau cambiste (changeur de frc congo) qu'elle voyait tous les jours. Elle l'a ensorcelé et ils ont commencé à se fréquenter. Madame habitait Ma Campagne (nom d’une commune chique), une très belle et grande maison, bien au dessus de ses moyens, c'est louche ! Elle avait dû gagner de l'argent de façon un peu mystique. Cependant elle avait dit à son galant de toujours la prévenir avant de passer la voir. Or un jour, poussé par l'amour, le jeune homme passe à l'improviste. Il trouve la dame et les voilà enlacés lorsque la maison se met à trembler. Une tempête éclate dans le salon. La dame dit au jeune homme de ne pas s'effrayer, de ne pas bouger. Le vent retombé, débarque d'on ne sait où un immense boa qui s'enroule autour du corps maintenant nu de la femme. Très choqué le jeune homme veut fuir, mais la dame lui offre un énorme sac d'argent en échange de son silence. Il rentre chez lui et le soir souffre de maux de tête. Le lendemain son état empire et une semaine plus tard il est à l'hôpital, à l'article de la mort sans que personne n'y comprenne rien. Il fait alors appel au pasteur de l'hôpital (il y en a au moins 20 par établissement ici) Il veut se confesser mais demande le secret. Il raconte au pasteur se qu'il à vécu et immédiatement celui se met à crier. Il appelle ses collègues et ceux-ci commencent des incantations et des prières. Le jeune homme est miraculeusement rétabli, et lorsque la femme venue rendre visite au mourrant entre dans la chambre d’hôpital, elle tombe raide morte par terre alors que lui se lève.
Vous y comprenez quelque chose??
Toutes ces histoires, ce sont pour la majorité, 2 grands garçons de 26 et 28 ans, dont 1 qui a déjà voyagé en Europe, qui me les raconte avec un sérieux et une foi à toute épreuve. Et en plus, ils conçoivent qu'ailleurs c'est impossible et incroyable. Mais la mystique Kinshasa explique bien des phénomènes étranges.... En effet, nous vivons ici entourés d'esprits, bon et mauvais.
Par exemple, sur le Boulevard du 30 juin, entre le cimetière et le terrain de golf (au passage, juste à l'endroit où on s'est faites pillées par de flics en taxi avec Soraya), il y a un endroit où rode un esprit maléfique. C'est là que la nuit, tu peux mourir d'un accident bien que la route soit toute droite et sans trou. En effet, là peut surgir d'un coup d'on ne sait où, un homme ou une femme, qui se retrouve sous tes roues. Tu braques pour l'éviter et tu te retrouves dans le décor. Alors eux, ils savent ça et ils foncent. Il ne faut pas piler, pas dévier. Foncer et il se volatilisera...
A Bandal, à un coin de rue, on sait que si un accident arrive, qu'il soit anodin ou non, si il y a contact, coup, il y aura forcément un mort. En effet, là habitait un vieux qui est mort à 112 ans et qui a jeté tous ses grigris dans le caniveau devant chez lui. Cet endroit précis est maintenant ensorcelé. Une dernière pour la route...
Un papa meurt de façon étrange. Personne ne connaît vraiment ni les circonstances, ni la cause. La famille organise une veillée funèbre et le lendemain on part pour conduire le cercueil au cimetière; mais à peine le cercueil est-il chargé sur les épaules des hommes pour entrer dans le corbillard, que ceux-ci, poussés par une force irrésistible, se mettent à marcher dans la direction opposée. Le cercueil les guide jusqu'à un terrain vague, lieu non loin duquel on a trouvé le corps du vieux. Et il n'en bougera pas jusqu'à ce que l'on est retrouvé ses assassins....
Mékin
To sala nini awa? 07/02/2005
Vous savez à peu près tous et toutes que j'ai participé, il y a 2 ans, au spectacle du « Bread and Puppets » à Strasbourg pendant les giboulées de la marionnette organisées par le TJP. Ce que vous ne saviez peut-être pas c'est que c'est à cette occasion que j'avais rencontré pour la première fois des Kinois. En effet, Malvin ,Hubert et Lambert étaient de la partie, car en stage chez Tohu Bohu (compagnie strasbourgeoise) avec qui ils ont monté un partenariat. Ils ont ici un local de travail et une association super: « Espace Masolo ». C'est un atelier de formation à la marionnette pour les enfants des rues et les enfants soldats démobilisés. Une dizaine de gars et une fille, âgés de 17 à 25 ans (ils travaillent avec eux depuis des années). Le matin, ils ont cour de français, soutien à l'apprentissage de la lecture et donc travail des textes qu'ils vont jouer. En ce moment, Hélène du TJP Strasbourg est là avec d'autres intervenants pour monter un petite pièce. Les après-midi, ils répètent dans l'espace. Ce qui est drôle, c'est que la Halle de la Gombe (CCF), après avoir fait déguerpir les artistes de l'atelier Kizoba-Zoba, invite Masolo à s'installer dans la salle pour travailler jusqu'au spectacle dans 2 semaines!!! En tout cas, c'est vraiment pour ces "mômes" (j'ai quand même envie de les appeler comme ça) un effort de mémoriser et dire des textes, certains d'entre eux ne parlant vraiment pas le français. Mais c'est aussi très fort de voir le bonheur et l'aisance qu'ils ont dès qu'il s’agit du travail du corps.
Cette ville grouille vraiment de créativité, d'artistes motivés. Dommage que, comme le dit Toto dans notre Happening : " l'art ici soit à un mètre et les subventions à 10.000 kilomètres".
Mélinée
Vive la liberté d’expression 14/02/2005
Alors ça y est, on a fait notre performance dans 3 lieux en ville et ça c'est super bien passé. La réaction du public a été géniale, ils ont saisi le message et réagissaient à tout ce que Toto disait. "To boyi corruption" (on ne veut pas de c.) "To lingi elections" (on veut des e.) et le public de crier: "ELECTIONS"
Sur le premier lieu, aucun soucis avec la police. Ils ont observé de loin et nous ont laissé faire nos histoires. Mais sur le deuxième, devant le jardin botanique, le directeur à commencé à râler qu'on faisait du désordre et est allé voir les flics du poste juste en face. Ils ont été très correctes, ils ont attendus qu'on finissent les actions et ils ont délicatement déposé les toiles sur lesquelles étaient écrites des listes de choses à bannir en RDC et les ont retournées face contre terre. Laissant Marlen et sa caméra, ainsi que Odile et sa diplomatie négocier, nous nous sommes rendus sur le troisième et dernier lieu de la journée (en effet, cette semaine on remettra ça à Victoire). Et là, ça été génial. Une foule intéressée et dense c'est pressée autour de la "scène" et les réactions étaient enthousiastes. Là, nous avons été filmés par Digital Congo (une chaîne locale), qui a diffusé ça aux infos de 19h. Un montage très bien, où pour une fois les propos n'étaient pas déformés. Il fallait voir comme les gars étaient fiers de se voir à l'écran et surtout d'avoir pu faire ça.
Bon, mon temps est écoulé, heure moko ....
Mélikin
Communiqué 15/02/2005
Chers parents, chers amis-es,
je vous annonce que mon voyage à Lubumbashi pour le projet de 3 semaines d'ateliers artistiques avec les enfants des rues (dont je vous ai déjà parlé) aura lieu du 27 Février au 19 Mars. En conséquence, je ne rentrerais pas comme prévu initialement le 6 mars...
Je n'ai pas encore la date de mon retour, mais étant donné que je suis en possession d'un visa 6 mois qui me mène au 6 mai et que le directeur des Beaux Arts est tout disposé et ravi du prolongement, je pense rester en RDC jusqu'au dernier moment.
J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop, il faut savoir profiter de ce que la vie nous offre.
Je pense à vous et je continue à vous raconter tout régulièrement.
Biz à tous et toutes, Mélinée.
Cérémoni(ale) … 12/03/2005
C'est avec une heure de retard comme il se doit en pays congolais, que la cérémonie de collation débute. C'est donc aujourd'hui qu'on va remettre leurs diplômes aux licenciés. Robe longue bleue marine et jaune, toque et ruban, on se croirait aux Etats-Unis... accompagnés par la fanfare dissonante et rouillée de la police municipale, la première promotion de licenciés de l'école des Beaux Arts de Kinshasa marche lentement et cérémonieusement. Les cuivres sont une souffrance aux oreilles et le tambour lourd à souhait. Ils sont à peine une dizaine, presque tous déjà des professeurs depuis longtemps. Prière dite par l'aumônier belge et blanc de l'ABA, puis hymne nationale en fanfare et discours, discours, discours! On ne manquera pas de citer tous les noms, insignes et fonctions des représentant officiels et autres autorités partenaires. Le discours du directeur est surtout axé sur la mise à niveau et l'ouverture de l'école sur l'international. Le service de sécurité vaut de coup d'oeil. Debout, bras croisés, jambes écartées, tee-shirt blanc et jean customisé façon artiste, la brigade de surveillance des étudiants des Beaux Arts à la classe. Ils sont également tous équipés de magnifiques lunettes de soleil noires à la MEN IN BLACK, mais avec l'étiquette de la marque encore attachée à la branche. Chaque discours, de celui du D.G à celui de chaque personne assise derrière la grande table de conférence de presse, est ponctué par des coups de sifflets en plastiques (en vente à 100 FRC à l'entrée du jardin). La fanfare s'est étoffée de trombones plutôt bons qui donne un côté festif et font se lever les mamas et frapper dans leurs mains les papas.
Le travail continu 20/03/2005
Ambiance. Après 3 semaines de calme à Lubumbashi, petite bourgade tranquille comme je vous l'ai déjà contée, me voilà de retour à Kin l'énergique, Kin la belle, mais surtout Kin la poubelle....
Et c'est le projet Kin Bopeto qui redémarre avec une petite visite chez le bourgmestre de Lingwala, histoire de s'assurer une autorisation pour les fresques prévues, ainsi que la pose de "poubelles artistiques" et enfin pour tout dérangement susceptible de survenir au moment de la présentation de quelques performances dont j'ai l'idée. Mais voilà que la lenteur du rythme congolais nous rattrape et au lieu d'obtenir ça en 2 jours comme prévu, ça va nous prendre une semaine: et oui....LE PAPE EST MORT, et dans ce beau pays qui n'est ni laïque, ni démocratique, on instaure d'office 2 jours fériés!!
Il faut noter d’ailleurs qu’en fait de deuil, les congolais se réjouissent et espère que le seule cardinal noir à cette heure pourra être nommé calife à la place du calife !!
Patience. Dès que le travail aura vraiment démarré, je vous tiens au courant.
Mélinée 
Etudiants, poils aux dents 30/03/2005
Vendredi : 3 H du mat, après une soirée arrosée chez les Branchés (LA terrasse du quartier...) l'Académie est en ébullition. Figurez vous qu’un étudiant de l'ISP( une école voisine de l’ABA) et sa copine se sont fait expulser du parc par la brigade spéciale de surveillance de nuit (et oui, ils veillent au grain, font des rondes pour assurer la protection et le bien-être des internes). L'étudiant en question n'ayant pas apprécié les méthodes des dits étudiants de garde cette nuit là, à jugé bon d'aller chercher ses camarades d'internat pour leur donner une leçon!!
C’est donc à cause de ça que nous sommes rentrés précipitamment dans la maison pour éviter les jets de pierres. C'était la guerre !! Les filles de l'internat qui est en face de notre maison ont fuit vers les « homes » des gars; de l'autre côté du jardin et toute la nuit jusqu'à 10H le lendemain on a entendu les cris et le bruit sourd des pierres qui tombent.
Bilan: des bléssés saignant au crâne et tout le mur d’enceinte de l’ABA effondré. De même pour le mur de l'ISP!!!Ces jeunes gens sont fous.Ceci dit, cette fois la police ne s'en est pas mêlé, elle a du estimer que jeunesse devait se passer.
Après deux jours, le Lundi, les séquelles de l'histoire se font sentir. Il se trouve que pour notre projet KIN BOPETO Freddy avait justement réalisé la première fresque sur un bout de ces murs effondrés et nous devions jouer la pièce avec les Béjarts devant l'ISP. Forcément, nous avons eut des embrouilles. Je « suis de l'Académie » et même si les Béjarts sont indépendants.... Finalement après de dures négociations, et grâce à l'autorisation du bourgmestre de Lingwala que nous avions eut la précaution de faire faire, nous avons pu jouer et le public à reçu ça très bien!!!
À suivre
Mélinée









